Un RIF en Corse ça se décide longtemps à l’avance. A quasiment un an de la course les visages de la team se dessinent avec Nico, Rémi et Sophie. La pression monte doucement au fil des mois. Le championnat de France chez XTTR, chacun dans notre team sert de premier weekend de prépa officielle. Avec Nico on en profite pour voir si on arrive bien à s’entendre sur l’orientation à 2, bilan très positif on semble bien se compléter et on est têtus juste ce qu’il faut.
Changement de programme en début d’été avec le remplacement de Sophie par Estelle. Tout ça se fignole lors du weekend de prépa chez Sophie et Ronan entre Pic du Midi et gaves d’Oloron. Pour bien forcer la main à Estelle, Sophie se prend un belle bûche à VTT. Y’avait pas besoin d’en faire autant je pense. 😋

oui oui c’est bien le PGHM qui nous photo-bomb
La suite de la prépa se fait individuellement. Rémi est notre machine il continue ses sorties montagne et ses routines. Estelle et Nico profitent des Alpes pour faire de grands treks. Moi j’essaye de faire de longues bambées à VTT dès que possible et de la course à pieds dès que la canicule me laisse le temps.
L’avant course
On se retrouve à Corte avec 5 équipes plus ou moins absolus, et même 6 si on compte Clémentine qu’on a plaisir à retrouver. Chacun poursuit sa routine dans les jours qui précèdent le grand départ mais on doit passer par la vérif matériel ; moment un peu frustrant pour moi, j’ai mal interprété les 2 listes de matériel médical et je mets quelques heures à digérer. Heureusement le raid est un sport d’équipe et ma team prend le relais devant le médecin de l’orga pendant que je boude dans mon coin. On est bons pour une resucée de pharmacie à Corte. On trouve quand même le temps de faire un bout de rando bien sympa avec la team de Cédric et Hugo.

Le prologue et la remise des caisses
Mercredi 31 septembre c’est enfin le début des choses sérieuses avec le prologue ! C’est une mini-CO dans la citadelle de Corte avec deux collégiennes de Corte. C’est très sympa et nos accompagnatrices du jour se la donnent, c’est vraiment cool de partager ce moment et on est classés en milieu de classement. On pense que c’est notre place intrinsèque sur le raid donc tout est cohérent. Mais bon notre premier raté approche…
En effet on fignole toutes nos caisses pour les donner à l’orga, dont un sac « coureur » qu’on retrouvera à l’arrivée et dans lequel je mets mon téléphone. On loupera ainsi le message de l’orga de 20h30 nous disant de ne pas oublier de venir avant 5h du matin sur la ligne de départ.
Jeudi 6h – trek 1.5 km
On arrive donc comme des fleurs à 5h30 du matin sur la ligne de départ pour apprendre qu’on est pénalisés pour ce retard, on partira en derniers. Grosse frustration. On est dans le même cas que les copains de XTTR et que les futurs champions du monde estoniens. On va dire que la pénalité n’a pas de conséquence irrémédiable…
Petit run dans Corte avant de retrouver le lit du Tavigagnu histoire de commencer à mettre les pieds dans les rivières corses et s’habituer à sauter de cailloux en cailloux avant de retrouver nos VTT. Du coup on double pleins de gens c’est rigolo en fait de partir en dernier.
Jeudi toujours – VTT 40 km/1000 D+
C’est parti avec nos bikes. On va enfin voir à quoi ressemble le VTT corse qu’on nous a promis pas fou-fou. Objectif de ne pas se laisser embarquer et de bien orienter. Et ça déroule, on part assez vite mais on ne fait aucune erreur. Évidemment parfois ça pousse mais on emprunte des super singles à flanc dans la forêt, les chemins sont nettoyés et c’est vraiment du beau VTT. Un régal ! Parfois on rattrape des équipes un peu moins à l’aise, parfois on se fait rattraper par des équipes qui ont fait des erreurs. Dont les Estoniens qui doublent avec courtoisie sans mettre la pression, vraiment la grande classe ! Pas comme des équipes nord-américaines qui essayent de nous passer sur les singles avec des expressions comme « fucking riders, fucking paths ». Hey man si t’avais été meilleur tu serais devant alors prends ton mal en patience. On arrive un peu avant midi à la première aire de transition, on est très satisfaits.
Jeudi midi – packraft/marche aquatique 30 km
On s’applique à faire une transition efficace. On choisit de ne pas gonfler les bateaux sur l’AT car je pense qu’il faut marcher le plus longtemps possible avant de se mettre à l’eau. On imagine que la descente va être une succession de portages de bateaux et de remises à l’eau pour quelques coups de pagaies. Et c’est bien ça ! C’est énergivore mais on est encore en forme et on progresse bien même si c’est très long.
Rémi : très très long et il faut porter le canoë la moitié du temps en marchant dans le lit de la rivière. C’est fatiguant déjà de toujours monter et descendre du canoë, hésiter à continuer à pied ou essayer de pagayer à nouveau jusqu’à toucher avec le fond du bateau. Puis une nouvelle fois, se relever, porter le bateau. Bref, c’est vraiment long cette fin de section.
Par contre la rivière et les paysages sont magnifiques donc on profite. Quand la nuit tombe la rivière s’élargit et on rame enfin pour rejoindre l’AT3 à côté d’Aléria.

Jeudi soir – Kayak de mer 39 km
La transition consiste à enfiler nos combinaisons et à changer d’embarcation pour aller faire une nuit de kayak de mer.
Rémi : on est efficaces et organisés pour cette transition. On a nos tâches et on prépare nos lyophilisés au plus vite avant de poser un temps de 30min de « repos » qui nous laissera le temps de manger tranquillement. En effet, on doit poser, tout au long de la course, 10h de repos par tranche de 30 min.
On commence par finir de descendre le Tavignagnu et on rejoint la mer en passant une petite digue de sable. Bon indice pour l’arrivée puisqu’on devra faire la même chose à l’arrivée pour remonter la rivière Solenzara. On avait un peu d’appréhension à se diriger dans la nuit, mais finalement les étoiles, la lune, les lumières sur la côte donnent une ambiance rassurante et on éteint rapidement nos frontales pour profiter de ce moment assez magique. Mais après cette première heure, il en reste beaucoup et ça devient long. On se fait doubler par des équipes beaucoup plus efficaces mais on savait que la navigation était sûrement notre point faible, il faut choisir ses combats et on arrive en fin de nuit à Solenzara.
Rémi : après 3/4 de la section derrière, je passe devant avec l’accord de Camille pour que je dorme un peu. 5-10 min me font bien fou.

Vendredi matin – Trek 72 km/5000 D+
On décide de dormir à l’AT4 en cette fin de nuit, la température est confortable et l’AT assez spacieuse pour se trouver un petit coin isolé. Juste avant le réveil j’entends grogner et j’ouvre un œil car j’ai peur que des cochons sauvages ne soient attirés par nos sacs. Finalement pas de souci il s’agissait de sangliers domestiques dans un enclos à côté.

Au réveil on attaque le premier des trois monuments de ce raid, un trek de 72 km avec de la nage à l’intérieur. On commence par prendre un peu de hauteur puis par redescendre vers le CP3. On trouve bien les chemins qu’on cherche sur la carte et c’est vraiment plaisant d’orienter. Une des sentes est bien encombrée avec des troncs en travers enchevêtrés, on teste toutes les techniques possibles : ciseaux, ventral, fosbury, escalade, 4 pattes, roulade…
A l’approche de CP3 on voit un hélico qui va manifestement au même endroit que nous, on a un peu peur qu’il y ait un accident sur la course. Finalement c’est un partenaire de Clem qui se fait évacuer pour douleurs thoraciques. Les nouvelles seront rassurantes plus tard mais on est tristes pour Clémentine. La partie aquatique est très fun, c’est quasiment du canyoning mais niveau facile, on nage on saute on marche dans la rivière. Ça me rafraîchit après la petite bambée au soleil qui a précédé donc je le vis bien. On prend soin de remplir nos réserves d’eau à CP4 pour attaquer ce qui ressemble à un premier chantier d’orienteur avec K4.

On trouve assez difficilement après une belle erreur le chemin vers Leccia Tonda. Ensuite c’est le gros chantier avec plusieurs options : viser le sommet « Renosu » ? Le ruisseau qui va à la balise ? La crête ? C’est le maquis avec une végétation impénétrable. A chaque fois qu’on arrive un peu à avancer on se trouve devant un mur de végétation toujours plus dense et on louvoie un peu avec des petits aller-retours. On sait qu’on doit faire plus 300 m de D+ avant de s’en sortir et ça n’avance pas mais on persévère. On remarque quelques rubalises mais pas forcément dans notre azimuth. M’enfin il faut bien décider quelque chose. Moi j’ai l’intuition que ces rubalises sont posées par des chasseurs et que ça va bien quelque part, vers les cabanes au sommet de Renosu avec un peu de chance. En tous cas c’est pas pire qu’ailleurs. Donc on essaye de les suivre en contrôlant boussole et altimètre. Mais même avec cette rubalise, ça passe à 4 pattes la plupart du temps. C’est plus facile pour Estelle que pour Rémi qui se démotive petit à petit.
Rémi : un Rémi qui se décompose surtout ! J’ai maudit notre cher organisateur Pascal tellement j’en ai eu ras-le-bol de m’accroupir ou de ramper. Je suis en nage, j’ai mal au dos, j’arrache mon sac et mon Camelback.. C’est le seul moment où j’ai pensé à abandonner si ça continuait comme ça !
Quelques passages sur des cailloux le laissent respirer mais ce n’est qu’une dizaine de mètres à chaque fois avant de replonger dans la végétation. Et petit à petit l’altimètre gonfle jusqu’à ce qu’on rejoigne un beau troupeau d’équipes. On se rend compte alors que c’est bien l’orga qui a posé ces rubalises et qu’elles nous ont bien amenés aux cabanes visées. Ouf on s’en sort et on trouve cette K4 ! Quel chantier.
Rémi : mais j’ai plus d’eau sans Camelback et trop peu à partager pour les autres
Ensuite l’orientation se simplifie et on suit un sentier puis le GR20 pour la suite. Problème : on n’a plus d’eau, la nuit avance et le sommeil arrive. On doit absolument pousser jusqu’au refuge d’I Paliri avant de dormir car on espère y trouver de l’eau.
Dieu du raid Intervention #1 : on arrive au refuge et on voit des équipes qui dorment sur la terrasse, sur un terrain de pétanque… il fait pas très chaud ça ne me botte guère. On trouve des panneaux qui indiquent un robinet. Cool on fait le plein d’eau c’est un gros souci de moins à gérer. En me retournant après avoir fait de l’eau je trouve une bicoque, je pousse la porte et je trouve un dortoir avec des matelas. Et des places ! Allez c’est parti pour 3h de vrai bon dodo, quel bonheur !
Rémi : Déso mais je ronfle après 2 jours de raid… 😅
On se réveille en fin de nuit pour tenter de faire les Aiguilles de Bavela au lever de jour, on anticipe un moment de plénitude absolu. Et ce sera un timing parfait avec un petit dej à base de K6 (si si on peut faire ce jeu de mot). Un moment suspendu avec les premiers rayons de Soleil qui nous offre les fameuses Aiguilles de Bavela pour 2 balises typées montagne. Une grosse régalade !

K9 nous fait redescendre mais nous permet de refaire le plein d’eau. Puis on continue sur un bout de GR20 avant de rejoindre le refuge d’Asinau vers midi. Une bonne assiette de pâtes et un coca pour attaquer le Monte Alcudina qui suit. Dans la montée qui suit, les américains nous demandent : « did you guys order the last cokes? ». Ha bah oui désolés, le dieu du raid veille sur nous.

On attaque K10 avec un bel azimuth’O’crête.
Pas si facile car sur ces cartes, l’équidistance est de 50m donc on trouve pleins de petits sommets candidats de moins de 50 m mais qui ne sont pas représentés sur la carte. On s’en sort bien quand même, d’autant plus qu’Estelle est un peu dans le dur donc on prend le temps de faire les choses bien.
Une dernière portion à s’appliquer pour rejoindre AT5, Estelle se refait la cerise petit à petit avec la nuit qui tombe.
Nuit de samedi à dimanche – VTT 123 km/4500 D+
On essaye de dormir à l’AT5 mais c’est bof. On se met dans un coin mais en fait c’est le départ de la section avec bruit et frontales. En plus j’ai froid. Rappatriement dans une tente mais c’est pas mieux. Finalement je me lève pour manger et faire mes affaires puis en voyant qu’il reste une heure sur les 3 qu’on s’est données je vise un bord de mur à l’abri du vent. Et là je m’endors vraiment pour me réveiller avec le réveil.
Quand je reviens vers mon vélo je me rends compte que tout le monde me cherche partout et surtout que tout le monde m’attend. Bref je note pour la suite : si t’arrives pas à dormir, laisse pas dormir tes copains, tu les secoues et on avance…
Rémi : ah putain, qu’est-ce qu’on dort mal à ces AT ! Il fait pas chaud chaud avec le bivy, y’a du bruit, de la lumière et en pensant se mettre au calme, on s’est mis pile à la sortie pour repartir en VTT. Toutes les équipes passent par là…
Enfin bon on attaque cette deuxième section-monument. Le début de section est un chantier en orientation.

Mais on s’en sort pas si mal en s’attachant à suivre les marques PR quand ça match à peu près avec la direction. La suite est du beau VTT, c’est vraiment plaisant de rouler même si la vitesse moyenne n’atteint pas des sommets. On joue au chat et à la souris avec les japonais et l’équipe espagnole de Pyrene Raid, on attrape nos premiers fous rires car dès qu’il y a des décisions à prendre, « Jorge » se précipite et oublie un partenaire qui traine un peu, « Jorge ! » sera maintenant notre cri de ralliement pour se dire de temporiser.
Au petit matin on trouve une petite bicoque de toilettes au lac de Tolla. On doit l’utiliser pour recharger en eau. C’était occupé par l’équipe de Cédric et Hugo qui y faisait un bout de nuit. Désolé pour le réveil les copains mais bon on allait pas vous laisser faire la grasse mat’ non plus y’a un raid à finir. 😄
On galère un peu sur K13 par précipitation alors qu’il fallait être plus attentif à suivre le PR.

Rémi finit par nous sortir de cette petit galère. On en fait cadeau aux petits suisses normands.
Une belle suite de dimanche sur nos bikes avant un long poussage de dimanche soir pour aller chercher K15.

Le sommeil nous gagne à l’approche de Parapoghiu et on vise l’église en espérant un espace accueillant pour un peu de sommeil.
Dieu du raid Intervention #2 : L’église est ouverte et je m’endors sur le carrelage dur mais au chaud en moins de temps qu’il n’en faut aux copains pour rentrer dans leur bivy. Nico nous régalera d’une hallucination/vengeance dans cette église : il se fait réveiller par l’équipe d’Hugo. Exactement comme on leur a fait le matin sauf que là c’est de la pure imagination.
On en sort tout requinqués et on tombe nez à nez avec l’équipe d’Etienne et Alexis avec qui on fait un bout de chemin autour de la K15. La suite de la nuit nous fait emprunter un long morceau de route pour rejoindre les alentours de Cargèse.
Lundi fin de nuit : Kayak de mer 29 km
On embarque de nuit pour faire cette section Cargèse => Porto par la mer. J’anticipe encore un moment magique avec un lever de Soleil sur les réputées calanques de Piana. Et ça ne loupe pas. Les copains ont l’air de trouver ça long et soporifique mais personnellement je kiffe le moment à grand renfort de bonbons et autre mini snickers que je m’efforce d’avaler régulièrement.
Rémi : heureusement que Camille me maintient éveillé avec ses snickers (mini) tous les quarts d’heures !


Lundi midi – Trek de 58 km/5000 D+
On attaque la troisième section-monument avec ce trek qui doit nous faire passer au Monte Cinto et se finir par un combo canyoning + marche aquatique.
On démarre bon pied bon œil même si un petit plaisantin a fait tourner une pierre avec une flèche de PR…
Après cette première partie à l’approche de K20 on décide de dormir un peu et on trouve une sorte de mur circulaire. Je me rends vite compte que j’ai froid et que je ne vais pas arriver à dormir. Cette fois je ne tergiverse pas et je secoue tout le monde pour qu’on trace la route. Malgré tout cette micro sieste nous aura fait du bien et on fait une approche de balise de toute beauté.

En sortant de K20 on se retrouve encore une fois très short en eau. Ca nous aide à décider d’un itinéraire qui coupe des potentiels ruisseaux en espérant y trouver de l’eau. Bingo le ravin de la Cuccula nous permet de refaire le plein. On continue à avancer au coeur de la nuit et on se fait doubler par les finlandais et des hollandais bien plus fringants.
On attaque ensuite l’arrivée au CP8 où on doit être avant mardi 9h pour continuer le parcours intégral.

Au Bocca di Guagnarola on choisit l’option crête pour rejoindre CP8, c’est un peu risqué en pleine nuit mais on s’évite un 300 m D+/D-.
Rémi : Y’a personne sur notre itinéraire et l’équipe commence à être bien crevée. C’est pas rassurant mais on avance malgré tout. On est bien content de retrouver le GR à la sortie de la crête même si la pluie s’invite à la fête.
A l’approche du refuge CP8 on est bien contents de voir qu’on arrive au cul des finlandais et assez loin devant les hollandais qui ont choisi d’assurer.
Dieu du raid Intervention #3 : le refuge est blindé d’équipes qui utilisent tout le dortoir. Les finlandais ont dû se contenter d’une place en plein bruit / pleine lumière dans la cuisine qui sert d’AT et de poste de secours. Le temps qu’on fasse signer notre passeport une équipe sort du dortoir. Hop hop on prend la place juste avant que les Hollandais ne débarquent. A la guerre comme à la guerre. Mais on est fair play et on se sert pour laisser un matelas aux hollandais.
Rémi : le dortoir sentait bien sûr extrêmement bon et y’avait de la place pour tout le monde ! Mais le parquet de la salle commune était tellement plus beau, que des équipes s’y sont ruées dessous avant nous ! A tel point qu’il fallait faire attention à n’écraser personnes en passant
On repart au petit matin à l’assaut du Cinto, plus haut sommet de Corse à 2709 mètres. Ce sera épuisant pour moi mais on y arrive.

Le moment frisson du raid : après avoir fait notre petite photo à cette croix métallique, Nico demande le silence, il entend un bruit bizarre. Pas d’hallucination cette fois puisque nous entendons tous clairement le grésillement significatif de l’électricité statique qui passe dans la croix. Branle bas de combat et on attaque la descente avec un bon petit shoot d’adrénaline. L’orage se déclenche effectivement quelques minutes après. On ne pense pas qu’il soit effectivement tombé sur le mont mais ça nous aura bien remué !
La descente se fait alors sous la pluie et il faut être bien vigilant. Au fur et à mesure je sens que mon corps commence à donner des signes de déshydratation et de fatigue extrême. Il faudra encore trouver un abri. Estelle n’est pas au mieux non plus.
Dieu du raid Intervention #4 : le refuge d’Erco est fermé et un ouvrier sur place nous signifie clairement qu’il faut passer notre chemin. On espère trouver un abri autour de ce qu’on imagine être une cabane de berger au point carté 1424 avant K25.

Nico pense l’avoir vue pendant la descente. Et il avait vu juste le bougre. On joue aux squatteurs et on y trouve même des matelas. Comme dans l’église je m’endors en 30 secondes. Rémi décide de dormir dehors car il y a des petites bêtes par terre…
Rémi : je m’imaginais pas faire le reste du raid avec des piqûres partout …!
Après ce petit somme on finit notre nuit de mardi à mercredi en rammassant K25 et K26 pour arriver à CP10 où on retrouve nos combinaisons pour la fin de section. Nouveau sommeil réparateur à CP10 pour essayer d’attaquer le canyon quand il fait jour. On va éviter le risque d’hypothermie. En repartant de CP10 on fait les comptes et il ne nous reste plus grand chose à manger pour finir la section : quelques compotes et barres de céréale. On décide de se rationner un peu.
Dieu du raid Intervention #5 : juste avant le CP11 qui marque le début du canyon Estelle trouve sur le chemin un paquet de biscuits petit dèj. Avec pas 3 ni 5 biscuits dedans mais bien 4. On se dit qu’on est vraiment sous une bonne étoile.
Le canyon est bien engagé avec une bonne dizaine de rappels à faire en autonomie. Puis on enchaîne avec une marche aquatique bien bien longue dans le Golo pour rejoindre AT8.
Mercredi midi – Packraft avorté 24 km
On fait l’AT dans une maison abandonnée, l’orga nous prévient de bien traiter l’eau ce qu’on s’attache à faire (à priori d’autres ont été un peu moins attentifs 🤮).
On s’imagine naïvement que cette section va être fun et navigable mais on déchante vite. Il n’y a pas assez d’eau pour passer les cailloux donc on est repartis avec notre manège de débarquement/portage/embarquement. Sauf que cette fois on a chargé les T-zip des bateaux avec le matériel sec donc les bateaux pèsent lourd. Le jupé d’Estelle et Nico ne sert à rien puisqu’on doit constamment sortir et rentrer. Et en plus le bateau se remplit dès qu’on se coince sur des cailloux. On commence à trouver ça dangereux. Et l’orage éclate. Le Golo est connu pour pouvoir prendre 2 ou 3 mètres d’eau en quelques minutes les jours d’orage et après une énième frayeur « bisou-caillou-bateau-qui-se-remplit-de-cent-litres-d’eau » du bateau jupé on décide de sortir de la rivière. Je pars en exploration sur la berge et je vois qu’on peut rejoindre la route vers Francardo.

Sécurité avant tout et on décide de tout replier et d’avancer à pied le long de la route, on expliquera la situation à l’orga mais il n’est pas question de rester dans la rivière. On croise un premier resto où on nous dit que plusieurs équipes sont déjà en train de marcher le long de la route dans le même accoutrement que nous (combis/gilets/casques/gros sacs/trempés) et ça nous rassure.
Dieu du raid Intervention #6 : On se fait interpeller par des coureurs canadiens à la gare de Francardo. Ils nous disent qu’il y a un train dans 5 minutes et qui va à l’AT9 de Ponte Novu. Concours de circonstance incroyable et on se retrouve à AT9 en début de soirée de mercredi.

On explique la situation et notre parcours à l’arbitre de course qui nous dit qu’on a bien fait et que la section est neutralisée, ils essaient de repêcher tout le monde entre AT8, CP12 et AT9. On inaugure la salle municipale dégottée à l’instant par l’orga pour mettre tout le monde à l’abri et on s’offre un repos de 3h en attendant de voir si la course peut continuer pour nous.
Mercredi 23h – VTT 40 km/900 D+
On a le feu vert de l’orga. « Il y avait des risques d’orage jusque 3 ou 4h du matin mais ça a l’air fini on voit les étoiles, vous pouvez y aller. »
Go alors avec la montée du Bocca da Crocé.

Arrivés à K28 l’orage arrive finalement et on compte les secondes entre éclair et tonnerre pour savoir s’il approche ou s’il passe à côté. 24 secondes « ça va on est larges ». 16 secondes « non mais t’inquiète ». 12 secondes « heu t’es sûr ? heu oui oui… ». 3 secondes « bon là ça craint à mort chacun se met en boule à 10 mètres d’un copain ». 12 secondes « ha c’est bon ça repart ».
Rémi : et bien sûr, on se trempe pendant ce temps là !
Ouf finalement on ira se mettre quelques minutes à l’abri serré dans une cabane en pierre avec deux autres équipes mais on repart assez vite dès que la pluie cesse.
Masterclass d’orientation à VTT pleine nuit ensuite pour K29 où Nico a l’instinct du pisteur, pour nous amener à l’approche puis où je prends le relais en m’aidant des falaises repérées par Estelle. On grille Vidaraid qui jardinait depuis 3h. Un bon gros kiff avant d’attaquer la descente vers Saint-Florent.

Je commence à souffrir des pieds et des tibias dans cette fin de raid avec une bonne gamelle en VTT pour bien arranger mes affaires. Rémi toujours solide comme un roc sera mon pilier pour en finir. 🙏
Rémi : Rémi s’est esquinté le dos en ramassant le VTT de Camille 😅
Jeudi 8h30 – Pas de trek de 39 km
A l’AT10, l’orga nous dit qu’ils ont avancé la barrière horaire de 14h et qu’ils ne nous laisseront pas partir sur le trek du désert des Agriates. En effet les premières équipes sont en train d’y exploser le timing. Nos absolus Cap Ganguise y seraient depuis 26 heures pour un temps max prévu de 15 heures ; on a peur pour les copains car un désert ça porte son nom et s’ils n’ont plus d’eau, plus de bouffe ils doivent bien souffrir. On en profite pour se faire un petit dej dans une boulangerie où on essaye d’expliquer la situation à Vidaraid qui ne veut pas y croire.
C’est un peu frustrant mais mes jambes me font bien souffrir alors je le vis un peu comme une libération aussi, sentiment ambigu…
On enfourche donc nos bikes pour une section de route sur le désert des Agriates. Bon les paysages sont toujours magnifiques donc on en profite quand même.
Jeudi 13h30 – Trek 15 km/420 D+
AT11 pas le droit de faire du packraft, trop de vent de face mais au moins on n’est pas non plus obligés de le porter. On attaque donc cette ultime section en se disant que ce soir on ne fera pas la blague « Vous dormez où ? Paoli ! » qui nous a accompagnés depuis 8 jours.
Section un peu n’importe quoi car on se relache un peu en terme de concentration et Estelle a du mal à s’alimenter. On se sera vraiment traînés pour rejoindre la K44 dernière balise puis la ligne d’arrivée.

Et l’émotion de franchir cette ligne est bel et bien là !

Et voilà c’est la fin du récit de cette aventure XXXL.
Il y a pleins d’anecdotes supplémentaires qui vont ressurgir mais je ne peux pas tout écrire ici.
En tous cas je n’aurai jamais assez de mots assez forts pour remercier mes trois partenaires. Vous avez été incroyables et les objectifs après lesquels je cours : « jouer la full race le plus longtemps possible dans un esprit d’amitié, dans la bienveillance et sans se mettre en danger » ont été largement atteints.
Un gros merci d’amour à Laure qui a géré nos ados pendant ces deux semaines pour m’offrir cette aventure.
Un spécial thanks aux parents de Rémi qui nous ont rejoint à L’Ile Rousse et qui nous ont facilité la logistique d’après course, c’était vraiment cool.
Et à tous ceux qui ont plus ou moins suivi la course sur le tracker. Je vous promets qu’on le sentait, qu’on en parlait ensemble et que ça nous a motivé. « Ha mais là ils vont voir qu’on a dormi, ha mais là ils vont dire qu’on a été bons, ha mais là ils doivent avoir peur pour nous… »
Merci beaucoup pour ce magnifique reportage vécu de l’intérieur.
C’est vrai que l’on vous suivait presque heure par heure ainsi que les autres équipes absolu.
Félicitations à vous.
Les parents de Johann Thomas.
Magnifique reportage ! Merci merci!
Ça nous permet un peu de percevoir comment vs avez vécu de l’intérieur ce raid XXXXXL . Même si on vs suivait en direct , ns ne pouvions voir comment vous le viviez et ça fait plaisir de voir que pour vous 4 c’était une sacrée expérience !!
Les parents d’Estelle
C’est une aventure de folie, ce truc, et pourquoi avoir été pénalisés dès le départ ? Vous aviez fait quoi? Ah, oui, l’histoire de la croix, de l’électricité et de l’orage ça faisait trop peur…
Comme on dit à Marseille, Camille Hue, tu es un MONSTRE!!!!
Soy ricky, del equipo Seti Colombia que tambien corrimos, gracias por esa historia de carrera, volví a vivirla luego de leer tu resumen! Me gustó mucho ver otros puntos de vista. Sufrimos y disfrutamos a tope. abrazos.